LESBIENNE AFRICAINE ET MAMAN

LESBIENNE AFRICAINE ET MAMAN

La famille se définit de base comme l’ensemble formé par le père, la mère (ou l’un des deux) et les enfants.
Fonder une famille serait donc une possibilité seulement dévolue aux couples ou personnes hétérosexuel.les.
Dans cette équation, la communauté LGBTQ* apparaît comme la grande exclue, ses membres n’étant surtout pas reconnus pour devoir exister déjà en tant que personnes individuelles, puis en tant que couples, encore moins avoir le droit de prétendre fonder une famille ou si tant est qu’ils le font, d’obtenir le droit de l’appeler ainsi.

Cette idée largement plébiscitée a été on ne peut plus exacerbée par La Manif pour tous, principal collectif d’associations à l’origine des plus importantes manifestations et actions d’opposition à la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de personnes de même sexe en France, lesquelles ont été relayées dans le monde entier, notamment celui francophone, par les médias.
Seulement, en tant que lesbiennes, avoir un ou des enfants est essentiel, nécessaire, voir vital pour certaines d’entre nous.

Si la voie dite normale et naturelle consistant en la fécondation de l’ovule femelle par un spermatozoïde mâle suite à l’accouplement entre un homme et une femme, en couple ou non nous est fermée, de quelle(s) option(s) disposons nous donc?

Si en Europe ou aux Amériques, le mariage pour tous a donné la possibilité aux couples lesbiens de devenir mères légalement et officiellement même si cela peut relever du parcours du combattant notamment en France dans le cadre de la Procréation médicalement assistée (PMA*), force est de reconnaître que ce n’est pas le cas pour l’Afrique qui accuse sur la question un très grand retard.
Les politiques traînent les pas et le législateur Africain ne semble aucunement enclin à se pencher sur la question. Encore faudrait-il déjà gagner la lutte pour la reconnaissance de notre identité et que le mariage pour tous arrive jusqu’à nous car, sur 54 pays, seul l’Afrique du Sud reconnaît le mariage homosexuel et de ce fait, la possibilité d’adoption d’un enfant ou de celui du conjoint par des couples homosexuels.
Même là, on reste sur de la théorie car les couples homosexuels restent toujours les derniers choix.

Comment donc en tant que lesbienne Africaine, résidant en Afrique et dans des pays muselants nos droits pouvons nous être mères ?

-La coparentalite et comaternite : La coparentalite est une forme de parentalité où les parents forment un couple homoparental non reconnu légalement qui élève conjointement le ou les enfants de l’un ou l’autre des conjoints, ou alors un couple homme-femme dont l’un au moins des deux membres est homosexuel, qui peut être marié ou non, vivre sous le même toit ou non, et qui décident de faire un enfant ensemble.
Quant à la comaternité, elle vise exclusivement le cas d’un couple de parents composé de la mère biologique et d’une autre femme, sa partenaire, qui est légalement reconnue comme deuxième parent (au lieu d’un père).

-L’insémination: L’insémination est une technique de reproduction assistée consistant à placer du sperme dans l’utérus sans qu’il y ait de rapport sexuel.
Elle peut être soit artificielle, pratiquée dans une clinique de procréation ou par un médecin habilité avec tout le suivi médical; soit artisanale en insérant le sperme à l’aide d’une seringue stérile, à la maison, car n’ayant besoin d’aucune assistance médicale.
La simplicité d’exécution de cette insémination ne devrait cependant pas faire oublier la prudence de faire réaliser en laboratoire tous les examens nécessaires à la vérification de la bonne et pleine santé du donneur et du patrimoine génétique

Il faudrait, selon la clinique Procréa spécialiste de la fécondation in vitro et L’insémination artificielle à Abidjan par exemple, compter au moins trois cent mille (300000)francs cfa et un peu moins pour un donneur en dehors d’une banque de sperme. Il y a également le recours possible à une connaissance ou un ami.

-L’adoption homoparentale: C’est l’adoption d’un enfant par un couple homosexuel.le ou, à titre individuel, par une personne homosexuelle ou bisexuelle.
L’adoption par un couple homosexuel ou par une personne homosexuelle ou bisexuelle est liée au statut légal de l’homosexualité dans la juridiction considérée : interdite dans les pays où l’homosexualité est interdite ou réprimée, généralement autorisée dans les pays où le mariage entre personnes de même sexe est légal.
Pour le moment, c’est seulement en Afrique du Sud que cela est possible mais l’option de la faire en tant que mère célibataire s’ouvre également à un couple lesbien si la loi du pays le permet.
La partenaire n’apparaîtra cependant à aucune étape de la procédure et ne sera pas reconnu comme comère.
Ceci est possible par exemple en Côte d’Ivoire, au Benin, Cameroun entre autres.

Fonder une famille, surtout en tant que couple lesbien sans reconnaissance légale n’est pas une décision à prendre à la légère car cela implique beaucoup plus de difficultés, de combats à mener et d’efforts à fournir pour y parvenir.
Au delà des problèmes juridiques, il y a également ceux au niveau de la société, des familles et même de l’enfant. Qu’en est il?

Il faut savoir que tant dans l’une que l’autre des options susmentionnées, tous n’ont pas les mêmes droits à l’égard de cet ou ces enfant(s) et seuls les parents biologiques ou légalement adoptants sont considérés tant aux yeux de la loi que de la société, voire même de l’enfant, comme les parents.
La rédaction d’une charte de coparentalité ou comaternité n’y changera rien car cela n’a aucune valeur juridique encore moins les promesses que l’on se fait, les paroles qu’on donne et prend comme d’or au moment de démarrer le processus.


C’est le cas pour X, qui désormais séparée de sa partenaire avec qui le processus avait été mené, se retrouve seule dans son combat contre le père biologique qui, malgré l’accord et les promesses faites désir maintenant lui retirer la garde de l’enfant.


« C’était mon meilleur ami, il était gay et était d’accord pour nous aider ma copine et moi à avoir un enfant sans aucune véritable implication de sa part. Juste servir de figure masculine. Aujourd’hui, il est marié à une femme et veut récupérer cet enfant supposé être le notre à mon ex et moi, mais qui par la force des choses est devenu le mien uniquement car ma partenaire m’a abandonné en chemin et coupé tout contact avec l’enfant.
Je me retrouve seule dans ce combat qui a ravagé ma vie mais ne me fait pas regretter mon enfant.
Je leur faisait confiance et j’ai cru au parole de mon ami qui aujourd’hui a retourné sa veste et lutte pour récupérer cet enfant. Si j’avais su que cet accord ne vaudrait rien, peut être que j’aurais fait les choses différemment »

Bon nombre de mères lesbiennes Africaines formant une famille peuvent être assimilées à des comères car l’enfant est celui d’une des partenaires, suite à une relation hétérosexuelle dont le père n’en a pas assumé la paternité ou la responsabilité ou est tout simplement aux abonnés absents.
La mère, désormais en couple avec une femme, l’enfant forme avec elles une famille mais sans aucun droits ni obligations d’aucune sorte de la partenaire envers celui-ci.
Elle n’a donc aucune obligation de subsistance et peut à n’importe quel moment rompre toutes relations ou contact.

Ne pas oublier les cas de séparations ou disparition du parent biologique ou adoptant.
Dans ces cas, le partenaire non reconnu se voit privé de l’enfant, voir empêcher de conserver toute relation familiale ou quelconque avec lui, quand ce dernier ne s’en détache pas de lui même parce que n’ayant aucun lien de sang, aucune légitimité ou ne le considérant pas comme un parent.

« Je suis comère d’un petit garçon que j’aime comme venant de mon sein. Mais notre relation est compliquée voire difficile car la famille de sa mère ne m’accepte pas vraiment comme telle et le fait de vivre séparées de sa mère et lui n’arrange pas les choses.
Cependant, j’ai un certain droit de regard et de décision sur son éducation et participe à son bien être.
Pour moi c’est mon fils, mais bien que j’en prenne soin et lui donne de l’amour comme le ferait une mère, je n’ai aucune légitimité. Mon statut de comère n’est aucunement reconnu ni légal » témoigne M.J

Pour Lynne qui souhaite procéder à une insémination, » le fait de ne pas pouvoir avoir le nom de ma compagne sur l’extrait de naissance de notre enfant m’est inadmissible. Comment dois-je procéder ? Quel nom portera l’enfant ? Ma compagne a un fils et elle me tient informée des décisions le concernant, prenant en compte mon point de vue mais il se pose toujours la question de la légitimité. »

Dans le cas des comaternités pour un enfant conçu dans une relation hétérosexuelle avec un père présent, il y a des risques pour la mère de perdre le droit de garde pour acte et conduite immorales étant entendu que l’homosexualité est majoritairement proscrite voire condamnée en Afrique.
Tout comme dans celui d’une insémination artisanale où le donneur de sperme peut à terme vouloir faire valoir sa paternité, de même qu’un père absent, n’ayant pas reconnu l’enfant comme sien ou pas apposé son nom sur l’acte de naissance.

Le poids du jugement et les persécutions familials restent l’obstacle majeur dans la survie et l’harmonie de ces familles.
Y du Gabon en a fait les frais:<>

Le désaveu de paternité était un moyen de se protéger mais le législateur ivoirien par exemple, dans un soucis de protection de l’enfant, l’a astreint à un test de paternité préalable.
Mais si la loi de votre pays l’autorise, pensez y ainsi que faire une demande de puissance paternelle en apportant la preuve que vous êtes seule responsable de l’enfant et à en prendre soin.
Ça vous évitera une mauvaise surprise.

Au vu des expériences partagées, on pourrait se dire que c’est une utopie de vouloir vivre en Afrique, être lesbienne et être mère sans porter la grossesse.
Cependant, l’herbe n’est pas plus verte ailleurs avec des réalités parfois plus difficiles malgré la légalisation des unions homosexuelles.
Par conséquent, même si des familles ainsi constituées n’ont aucune valeur légale dans nos pays Africains, cela ne les empêche pas d’exister et d’être belle dans leur différence.

Article rédigé par: Marie-josée chargée de la rédaction pour EmmaLInfoS

Image: pris sur l’instagram de blacklesbianmagic

LGBTQ*: Lesbienne, Gay, Bisexuelle, Trans, Queer , (PMA*): Procréation Médicalement Assisté

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