Bisexualité, Mythe ou réalité

Bisexualité, Mythe ou réalité

Marie-Jo, ivoirienne passionnée de lecture et d’écriture.
Juriste de formation, elle est également auteure, encore non éditée, d’œuvres en rapport avec la communauté Lgbt et d’articles sur le protagonisme existant entre société, religion et homosexualité ainsi que sur les différences pouvant exister au sein de la communauté.

Afrique, société traditionnelle hautement patriarcale et hetero normée relègue au rang de tabou tout ce qui est en rapport avec le sexe et la sexualité. Si les mentalités semblent s’ouvrir, l’homosexualité reste encore très mal perçue et peu voir pas accepté du tout même si de nombreux Africains, de plus en plus, s’engagent dans une recherche d’identité de genre, assumée ou pas.

Dans cette quête et l’exploration de la sexualité se trouve une grande invisible, parfois niée, refoulée et occultée: la bisexualité.

Elle se définit comme le fait d’éprouver de l’attirance physique, sexuelle ou de véritables sentiments amoureux pour plus d’un sexe ou genre. Autrement dit, c’est le fait pour une femme de se sentir sexuellement attirées ou être éprise tant d’une femme que d’un homme ou d’un trans ou autre genre, et inversement.

Si les pratiques sexuelles autre qu’heterosexuelles sont jugées comme depravantes et anti-conformistes, n’étant pas même pratiquées par les animaux afin de mieux montrer le caractère <<sale>> de l’acte, il faut savoir que les Dauphins et les Bonobos (chimpanzés nains de République Démocratique du Congo) sont activement bisexuels, faisant ainsi vaciller l’argument le plus prôné par les homophobes et biphobes. La bisexualité en dehors de sa définition première peut avoir plusieurs déclinaisons à la différence d’autres identités de genre.

-L’homo-bisexualité dans laquelle un individu homosexuel a des rapports sexuels suivis avec une personne de l’autre sexe également homosexuelle. En Côte d’Ivoire par exemple, nous avons rencontrés des Yorcis (lesbienne très masculine) qui entretiennent des relations sexuelles avec des ubbi (gays efféminés). L’homme s’identifie ici à une femme et la femme à un homme. Dans ce type de rapport il n’y a pas pénétration de la femme par l’homme mais plutôt de l’homme par la femme devenant ainsi le soumis et elle la dominante.

-La Bi-curiosité qui s’entend de relations sexuelles de personnes s’identifiant comme étant heterosexuelles mais ayant eu un rapport homosexuel dans l’optique de satisfaire un fantasme libertin, à la recherche d’un plaisir sexuel inconnu, intense et maximal, ou une simple curiosité, histoire de savoir ce que ça fait d’être avec le même sexe.

-La Bisexualité occasionnelle se manifestant dans des moments de « folies » de personnes heterosexuelles déclarées (fêtes trop alcoolisées, usage de stupéfiants, dans l’optique d’assouvir un fantasme (partouze), de pratiques fétichistes ou ritualistes) ou pour des personnes s’identifiant comme clairement lesbienne ou gays mais qui de façon sporadique et épisodique ont des rapports sexuels avec l’autre sexe.

-La Bisexualité dite temporaire qui intervient pendant la phase de recherche de l’identité de genre avant qu’un individu ne s’oriente vers une homosexualité ou une heterosexualite exclusive.

-La Bisexualité forcée est également, notamment en Afrique, le moyen le plus adéquat pour ceux qui la vive de cacher leur homosexualité, facteur de forte culpabilité et d’un profond mal être vis à vis de la famille ou de la religion.

Selon une étude au Sénégal, des hommes et femmes mariés, reconnaissent avoir de façon régulière un partenaire de même sexe.

Dans un contexte Africain ou la pression du mariage, de la paternité ou de la maternité, le poids de la culture et de la religion mais surtout, la forte désapprobation sociale voir même dans certains pays de graves répressions de l’homosexualité sont très présents, il(elle) s préfèrent se présenter heterosexuel(le) s et vivre comme des bisexuel(le) s afin de mettre fin à une pression en faveur du mariage homosexuel comme gage de vertu ou comme thérapie.

C’est pour eux l’expression de leur <<normalité>> heterosexuelle, de leur <<masculinité>> pour les gays et de leur <<féminité >> pour les femmes.

La perception binaire de la sexualité humaine, en ce sens qu’on ne peut être heterosexuel(le) ou homosexuel(le), pas les deux à la fois, conduit à rendre invisible la bisexualité au sein de la société en général mais parfois au sein de la communauté LGBTQI+. On aurait pu penser que cela ne viendrait que des heterosexuels, que nenni.

Il n’y a pas que l’homophobie car la biphobie existe souvent très violente, marginalisant les bisexuel(le) s qui deviennent des parias car n’étant considérés ni comme heterosexuels ni comme homosexuels.

Les personnes bisexuelles se retrouvent donc frustrées et leur identité niée.

Elles sont vues comme des hybrides, des personnes incapables de tenir une vraie relation, indigne de confiance voir infidèle car leur orientation est vu comme une phase faisant naître la peur de l’abandon pour de la relation homosexuelle pour une autre dite hetero normale;donc incapable de faire un véritable choix.

Ces clichés sont dûs non seulement à la perception que l’on se fait de la bisexualité mais également de l’ignorance sur le terme qu’est l’orientation sexuelle, désignant tant la manière dont l’individu définit son identité,son attirance sexuelle ou le sexe de ses partenaires sexuels sur une période considérée.

La notion de bisexualité renvoie à une panoplie de réalités différentes tant dans les pratiques que dans les relations qu’elles impliquent.

C’est un phénomène multiforme difficile à appréhender mais existant car, on ne peut demander à un individu de formater ce à quoi il s’identifie pour entrer dans une case existentielle prédéfinie.

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